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Les passeurs de la Pédagogie Universitaire dans les projets de transformation pédagogique

La pédagogie universitaire est un champ disciplinaire (Krishman, 2009) : elle constitue un objet de recherche et elle est constituée d’un corpus de connaissances spécialisées. Des théories et des concepts organisent ce corpus, nécessitant, le cas échéant, le développement de terminologies et de techniques de recherche spécifiques. Son statut de discipline est institutionnalisé par son enseignement à l’université.

La pédagogie universitaire étudie et développe des connaissances aussi bien sur les curriculums que sur les activités pédagogiques (enseignement et apprentissage) et leurs résultats. Cela est fait en tenant compte à la fois de facteurs internes, liés à l’environnement académique et étudiant, et de facteurs externes : politiques, culturels, sociaux et économiques (De Ketele, 2010).

Étant donné son champ d’investigation, la pédagogie universitaire apparaît légitime pour inspirer les pratiques d’enseignement et d’apprentissage mais aussi des projets institutionnels comme la formation obligatoire des nouveaux maîtres de conférences (NEC), les projets de « flexibilisation des parcours » ou de réussite étudiante à l’université, les projets de développement curriculaire orientés compétences (approches par compétences - APC, blocs de compétences - BDC).

Durant ces journées d’études, nous proposons de questionner la circulation des savoirs en pédagogie universitaire dans les projets de transformation pédagogique.

Ce questionnement porte d’abord sur le type de savoirs circulant dans ces projets. S’agit-il de savoirs théoriques ou de savoirs pratiques ? Quels savoirs alimentent les projets de transformation pédagogique ? Quels savoirs produisent ces projets ?

La circulation des savoirs pose également la question des rôles des acteurs dans la création, le partage et l’utilisation de savoirs en pédagogie universitaire. Quels rôles assument les acteurs ? Les chercheurs sont-ils toujours dans une posture de création de savoirs ? Les enseignants sont-ils cantonnés aux rôles d’utilisateurs de savoirs ? Qui est en charge ou se sent en charge du partage de savoirs entre les communautés ? C’est ici que peut intervenir le concept plus englobant de passeur en éducation, ou broker dans la littérature anglo-saxonne (Gaussel, 2019). Le passeur peut être en charge de la diffusion de connaissances, notamment via des actions de veille. Il peut servir de lien entre le producteur et l’utilisateur de connaissances, en co-construisant des savoirs avec des praticiens, notamment dans le cadre de recherches collaboratives. Il peut aussi faciliter l’accès aux connaissances en formant les utilisateurs. Au-delà des passeurs, il convient aussi de considérer les lieux et temps de passage, qu’il s’agisse de manifestations comme les journées d’études de l’AIPU, de lieux physiques comme les Learning Labs, ou encore d’espaces digitaux comme le groupe Facebook “Pédagogie universitaire - Enseigner et apprendre en enseignement supérieur”.

Ces journées seront l’occasion de croiser deux axes :

  • Un axe orienté projet : formation des NEC, APC, BDC, loi ORE
  • Un axe orienté passeurs : acteurs, missions, organisations

Sur l’axe projet, plusieurs problématiques peuvent être envisagées. Nous en listons ici quelques-unes :

  • Quelle place pour les chercheurs en pédagogie universitaire dans les projets de transformation pédagogique ? Quels sont les opportunités et les risques de leur présence ou de leur absence dans les équipes-projets ?
  • Comment les résultats de recherches peuvent-ils inspirer les projets de transformation pédagogique ?
  • Quelle légitimité est accordée à la pédagogie universitaire dans les projets de transformation pédagogique ? Comment l’accroître ? Pourquoi l’accroître ?

Sur l’axe des passeurs, d’autres problématiques peuvent être évoquées. Ici, nous en listons quelques-unes :

  • Sous quelle forme diffuser les savoirs issus de la recherche en pédagogie universitaire ? Quelle transposition didactique appliquer à ces savoirs ? Comment gérer le compromis entre précision et complexité de l’information transmise, entre, d’un côté, des informations produites avec un souci de précision par les chercheurs et, d’un autre côté, des informations demandées avec un souci de simplicité par les acteurs de terrain ? Qui se charge, se sent responsable de cette transposition didactique ? Qui est garant de la qualité de cette transposition ?
  • A quelles fins diffuser ces savoirs ? Quels sont les objectifs ? S’agit-il uniquement d’une question de diffusion de savoirs, comme il serait uniquement question de transmettre des savoirs lorsqu’il s’agit d’enseignement ?
  • Quels acteurs se sentent responsables, légitimes, reconnus pour inspirer les pratiques professionnelles enseignantes de l’enseignement supérieur ?

Références

De Ketele, J.-M. (2010). La pédagogie universitaire, un courant en plein mouvement. Revue française de pédagogie, 172, 5–13. Repéré à http://journals.openedition.org/rfp/2168

Gaussel, M., Gibert, A.-F., Joubaire, C., & Rey, O. (2017). Quelles définitions du passeur en éducation ? Revue française de pédagogie, 201, 35–39. Repéré à https://journals.openedition.org/rfp/7194

Krishnan A. (2009). What Are Academic Disciplines? Some Observations on the Disciplinarity vs. Interdisciplinarity Debate. Repéré à http://eprints.ncrm.ac.uk/783/1/what_are_academic_disciplines.pdf

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